Venue à Saint-Lunaire pour le mariage d’une petite cousine, Claire, une traductrice quarantenaire, redécouvre les lieux de son enfance. Le granit, la lande, les genêts, un monde baigné par la mer et le ciel. Elle rencontre son ancienne professeure de piano Mme Ladon qui lui propose de l’héberger. Son appartement cossu de Versailles vendu, elle rompt les ponts avec son ancienne vie. Libre, elle arpente toute la journée les chemins de la terre sauvage quand elle ne guette pas Simon, son amour de jeunesse. Paul, son frère la rejoint. Claire et et Paul, la sœur et le frère élevés séparément se retrouvent.
Ce livre magnétique à l’écriture elliptique rend grâce aux paysages de la baie de la Rance et aux relations où l’on se comprend par un regard ou à demi-mots. Solidarités mystérieuses quand une sœur et un frère qui se connaissent si peu, se complètent et s’épaulent. Ou plutôt lorsque Paul vient aider Claire toujours amoureuse de Simon désormais marié. La femme de ce dernier, jalouse, met le feu à l’ancienne ferme que madame Ladon prête à Claire. Et Paul arrive au secours de cette sœur, au chevet de Claire avec qui il ne partage que peu de souvenirs. Mais, il existe des liens ténus et invisibles. Il y a longtemps, Claire a rompu ceux du mariage, fuyant son rôle de mère. Juliette, une de ses filles devenue adulte vient à sa rencontre. Sans haine, juste pour passer du temps avec elle et la connaître. Claire s’émacie à marcher des heures durant, à guetter Simon collée à la pierre. Le frère et la sœur deviennent des personnages sculptés par l’air marin en quête d’une paix intérieure et extérieure. Ils se comprennent par un regard, ou par un simple geste. Claire se métamorphose, silhouette cherchant à se fondre dans cet environnement sauvage qu’elle veut protéger. Madame Ladon se meurt, Paul noue une relation amoureuse avec un prêtre. Je n'en dirai pas plus pour que chacun ait le bonheur de découvrir ce roman aux accents énigmatiques!
Une construction où différents narrateurs interviennent par un jeu d’entrelacs subtils. Plus une histoire qui personnifie la nature en nous offrant des descriptions magnifiques sur un paysage caméléon. Alors oui, j'ai pris mon temps pour savourer ce livre. L’écriture épurée de Pascal Quignard distille une harmonie très sensuelle qui se délecte et dont on s’imprègne. Certains diront ennui et je répondrai beauté de ce que l'on devine.
Une lecture riche et envoûtante. L'auteur nous ouvre les portes sur un univers sobre et puissant, simple et terriblement beau ! J'ai été très touchée et j’ai refermé ce roman avec un sentiment de sérénité profonde. Un moment rare de lecture !
Un grand merci à Julien (un de mes libraires) qui une fois de plus a vu juste avec ce livre "fait pour moi".
Elle marcha des mois entiers, tout l’été, dans une joie intense. Elle partait toujours de la lande, dans l’obscurité brune de la lande, dans la première pâleur du jour, elle descendait les roches. Ou encore elle remontait après le dîner. La lumière était soit incertaine, dorée, granuleuse, fabuleuse. Ou toute brune ou noire. ( …) Avec l’obscurité soudaine, elle se trouvait aussitôt prise de vertige. Elle s’agrippait à la rampe de fer. Elle ne la quittait plus des doigts. Elle ne cherchait plus à voir au-dessous d’elle les toits d’ardoise et les petites silhouettes des hommes devenues si précises.
