Happy birthday to..., comme exclue sociale, demain, je fête mes 5 ans de plus bonne à rien. Merci à la Sécu qui m'a retiré "du monde du travail" par le biais d'un même pas joli courrier: " Vous avez atteint un quota de jours d'arrêt de travail et blalala etc..., que nous ne vous paierons plus et que donc plus d'indemnité journalière ce qui vous permettra dorénavant de vous démerder avec votre prêt immobilier, vos gosses et autres petits détails de la vie quotidienne. »
Euh, c'était pas exactement écrit ainsi, comprenons nous bien mais moi, je l'ai lu ainsi et c'est ça qui compte. J'étais, on peut le dire, une avant-gardiste, c'était the crise avant la crise économique mondiale. Et hop, j'entrais direct sans stage dans le monde du « démerde-toi » total. A moi, les joies de la paperasse à remplir et mais surtout à décrypter, à moi, les calculs de ma future pension d’invalidité qui allait me permettre dorénavant de faire l’impasse sur beaucoup de choses futiles de ma vie, à moi, le fait d’être considérée comme un extra-terrestre par mes semblables…
Je parle, je parle... mais, je vous explique aussi.
Dans quel ordre cela s'est il passé? Ai-je d'abord vu l'assistante sociale ou alors le médecin conseil ? Gros trou noir.... Non, ce n'est pas encore Alzheimer même si.... Non car, je me rappelle de cette aventure dans la Quatrième Dimension mais sans les frères Bogdanoff.
La convocation au service Médical de la CPAM :
Le jour du fameux rendez-vous, c’était la totale, gros stress et grosse crise… les deux combinés, je ne pouvais pas mieux faire. Impossible donc d’y aller avec ma titine…. c’est finalement en taxi que je suis arrivée en début d’après-midi devant le bâtiment situé au centre ville. Allais-je y entrer ou pas ? Je savais pertinemment que mon avenir allait se jouer là en tout juste maximum une heure (et encore…). J’ai fini par réunir le peu de courage que j’avais pour pousser la porte en laissant sortir un soupir qui ressemblait plus à un cri de désespoir qu’à autre chose. La secrétaire se trouvait dans une espèce de box derrière une vitre. Avait-on peur qu’on l’empoigne ou qu’on la poignarde ? A peine eus je dis bonjour qu’elle me demanda d’un ton peu aimable, sans me regarder, ma convocation.
Eh oui, il fallait montrer patte blanche… j’avais plutôt l’impression d’être au guichet d’une banque et de demander à vider mon compte. D’un œil sévère, elle parcouru ma feuille puis d’un ton toujours aussi sec m’indiqua le numéro de la salle d’attente (où je devais attendre comme son nom l’indique). Car comme dans n’importe quel cabinet de médecins, il y avait des salles d’attente. Donc, j’attendais alors que j’étais la seule dans cette pièce. Pour diminuer mon angoisse qui grandissait au fur et à mesure que les minutes passaient, j’essayais de contrôler au mieux ma respiration. Du style, la respiration que l’on vous apprend aux cours de préparation pour l’accouchement.
Tandis que je faisais le petit chien (côté respiration), un médecin âgé d’environ quarante ans vêtu d’une blouse blanche, comme il se doit, vint m’appeler.
-Madame Cambry ?
-Oui, c’est moi.
Ca faisait un peu comme dans la pub pour parfum « Loulou ? oui, c’est moi » sauf que le ton de voix du médecin était quand même bien moins romantique, il faut l’avouer, mais bien plus sympathique que celle de la secrétaire.
-Suivez-moi, je vous en prie.
Pourquoi me le dire ? Il croyait que j’allais partir dans le sens inverse ?
J’eu à peine le temps d’attraper mon sac à main qu’il se dirigeait déjà dans le couloir. Et là, l’horreur, je me croyais à un marathon à tenter de le rattraper. Mais oh, docteur, vous oubliez que si je suis là c’est parce que j’ai des problèmes de santé, et oh, attendez-moi…
Comme par hasard, son bureau était tout au fond du couloir et je ne pouvais aller plus vite avec mes jambes raides et mes genoux rouillés. Arrivé à l’embrasure de sa porte, il m’attendait. Ah quand même, un peu de politesse… Non, en fait, il regardait comment je marchais, il me découpait au bistouri et me passait par tranche fine sous son microscope.
Une fois dans son bureau, il me proposa de m’assoir et il sortit d’un tiroir une grosse pochette cartonnée portant mon nom et à mon numéro de Sécu. Allait-il me proposer une mission top secret défense ou alors de faire partie d’un service d’espionnage pour je ne sais qui ? Si c’était ça, j’acceptais sur le champ, je me voyais déjà habillée en Fantômette (héroïne de mon enfance).
Il sortit de la pochette un listing de tous mes arrêts maladie… Là, j’ai compris que je pouvais dire adieu à une reconversion professionnelle en agent 007.
Après m’avoir répété ce qu’il y avait sur leur pas joli courrier : dépassement du quota de jours d’arrêts… blabla…on ne vous payera plus vos indemnités journalières… blabla. Ce dernier point, je l’avais tellement bien assimilé que je n’en dormais plus la nuit ! Pire, je m’imaginais les choses les plus effroyables : l’huissier à l’appartement, mon mari qui me quittait en emmenant les enfants, moi qui me retrouvais à faire la manche… bref, mes nuits étaient hantées de scénarios plus effrayants les uns que les autres.
J’écoutais quand il me dit de me lever pour m’examiner. Ah, c’est l’étape petit culotte et soutien-gorge ? Tandis que je commençais à m’affairer à me débattre avec mon pantalon, il me stoppe net :
-Juste vos chaussures, ça ira très bien.
Bon, s’il veut…Ca m’arrangeait bien vu que je suis extrêmement pudique… style à la plage tout le monde en maillot de bain, eh ben, moi c’est short et t-shirt… et que je m’étais pas épilée depuis des mois !
-Marchez sur la pointe des pieds, s’il vous plait.
-Euh…, je ne peux pas, j’ai trop mal, avouais-je gêné
-Et sur les talons ?
-C’est pareil.
-Essayez, faites un petit effort.
Un petit effort ? Alors que ça relevait pratiquement de la torture…
J’ai réussi à faire trois minuscules pas en serrant les dents jusqu’à me les éclater… mon visage devait trahir toute ma douleur car il m’interrompit.
-Bon, nous allons voir vos réflexes.
Ah les exercices des réflexes… on vous fait fermer les yeux, tendre les bras à croire que j’étais là pour un contrôle d’alcoolémie.
Il y eu d’autres examens… à la moitié desquels j’échouais lamentablement. Il m’appuyait sur certains points précis de corps ce qui me faisait pratiquement hurler de douleur et de me gigoter comme un asticot.
Pour avoir mal, j’avais mal, j’étais encore plus mal en point qu’en arrivant… pour dire !
Retour sur ma chaise. Tandis qu’il feuilletait mon dossier, il me fit remarquer que j’étais jeune. Oui, si l’on considère qu’à trente-quatre ans qu’on n’est pas une veille saucisse ratatinée.
Son visage prit un ton plus grave, ennuyé même… ohlala, ça ne présageait rien de bon. Les quelques minutes qui suivirent me firent dire que mon instinct féminin était encore lui bien intact.
-Vous avez une fibromyalgie sévère … Hum, je pense que désormais votre préoccupation première doit être de vous soigner. Vu votre état, vous ne pouvez plus travailler.
-Ah, que si, de toute façon je n’ai pas le choix.
-Mais vous ne pouvez pas ! Vous tiendrez combien de temps, 2 jours ou 3 maximums?
-Si je suis en arrêt, je n’aurai plus mes indemnités journalières.
-Ecoutez, malgré votre jeune âge, je ne vois qu’une solution, la mise en invalidité qui vous permettra de gérer au quotidien votre maladie.
Bouche ouverte de stupéfaction, je ne comprenais pas. L’invalidité, mais ce mot était réservé à de vieux monsieurs marchant tout courbés avec des déambulateurs…
Me voilà seule dans un vol sans escale ni pilote où la voix nasillarde de l’hôtesse crachait « bienvenue à bord, nous vous souhaitons un agréable voyage. Votre destination est le crash final pour vous toute seule afin de vous exclure de notre monde… ».
-Non, non, je veux travailler. Est-ce qu’il serait possible d’avoir un tiers temps, le temps que j’aille mieux ? Et dans quelques mois, je pourrais repasser à un mi-temps puis à temps complet comme avant.
Bizarrement, je sentais les mots qui commençaient à se coincer dans ma gorge et les larmes qui commençaient à monter.
Et me voilà partie dans une longue tirade digne d’une pièce de théatre… enfin un monologue entrecoupé de pleurs. Les vannes s’étaient ouvertes sous la pression et j’étais incapable de retenir toutes mes larmes. J’insistais, je quémandais, oui, je faisais l’aumône du droit de pouvoir travailler. Et comme une gourde, je n’avais qu’un seul paquet de mouchoirs dans mon sac. En moins de deux, je n’en avais plus, et mes poches étaient remplies de loques triturées et trempées.
Le pauvre médecin me regardait, insistait impuissant à mes torrents de larmes en me tendant une boîte pleine de mouchoirs. J’en étais arrivée à lui raconter combien j’avais trimé pour faire mes études, que je m’éclatais dans mon travail, qu’on n’avait pas le droit de m’en priver, que je n’y étais pour rien dans ma fibromylagie, … je le suppliais… en vain.
Alors que je continuais mon laïus, le médecin a réussi à me dire que ça ne serait que du temporaire, le temps d’aller mieux, qu’on se reverrait dans 6 mois pour faire le point …. Vraisemblablement, je devais avoir fini tous ses mouchoirs et il voulait me faire sortir de son bureau avant que je l’inonde.
Que pouvais-dire de plus ? Rien… j’avais argumenté comme je me pouvais, mais ça n’avait pas été suffisant. Me voilà désormais out de la société. Je déambulais dans le couloir, toujours en pleurant… je ne pouvais plus m’arrêter, c’était plus fort que moi.
Arrivée dehors, je ne sais plus trop ce qui c’est passé…. Je crois que je me suis assise sur un banc public (comme dans la chanson). Je ne sais pas ni à quelle heure ni comment je suis rentrée chez mi. Ca reste un mystère… Les jours suivants, inutile de vous dire dans quel état j’étais… une loque qui passait son temps dans son lit à pleurer sur son sort. J’ai fortement contribué à la hausse des sociétés de mouchoirs en bourse… comme on dit le malheur des uns fait le bonheur des autres.
De la jeune cadre, j’étais passé au statut de rebut, de détritus pire … on ne voulait plus de moi.
Flirt avec la dépression… le sentiment de dégout de soi-même. Honte à moi qui ne pouvait plus contribuer, participer et surtout produire du bon travail !
La suite c’est une autre histoire….que je vous raconterais.