mardi 20 janvier 2009

UNE GIFLE POUR DEUX MINUTES DE REVE

Dimanche matin, j’ai accompagné Oliver et Marie à la piscine. Car, attention, moi, à la piscine, c’est un exploit, un jour mémorable du calendrier que l’on entoure de rouge !

Je l’avais promis à Marie, et je me devais de tenir ma parole car depuis la veille, elle ne cessait de me dire :
-Demain, maman, tu viens avec nous, n’oublie pas ?

Je ne risquais pas de l’oublier, à peine était –elle levée, qu’elle arborait un sourire jusqu’aux oreilles, tenant à la main son sac déjà prêt.

-Bon, on y va ?
-Tu vas peut-être prendre un petit dej ?
-D’accord.


Mon enthousiasme était moindre, 4h00 de sommeil, et puis l’odeur du chlore, de la javel très peu pour moi. Mais bon… et puis, réflexion faite, quelques brasses ne pourront pas me faire de mal.

La piscine donne directement sur la mer avec ses bassins ludiques, son toboggan, …une piscine où l’on peut patauger, se mettre dans un petit bassin et rester là.
Il n’était que 10h30 et c’était déjà la foule ! Eh oui, le dimanche matin, c’est la sortie parents-enfant, les pros des longueurs, chrono au poignet ne sont pas là. On se montre comme on est, avec ses petits bourrelets, ses fesses plates, la peau flasque, … Personne n’est là pour juger. Pas de tribunal, pas de palmarès ou d’élections des beautés physiques ou des records. Tout ce petit monde est là pour s’amuser !

Et mince, au bout d’une demi- heure, l’eau ne me portait plus, au contraire, j’avais l’impression de devoir lutter contre des tonnes pour bouger. Toute cette pression oppressait, comprimait mes articulations.

J’abdique. Direction la voiture en attendant Olivier et Marie. Avachie sur mon siège, en pleine crise, la tête collée à la vitre, perdue dans la torpeur des douleurs, les yeux à demi-fermés, j’assistais aux arrivées, aux départs de tout ce flot.

Au même moment, côte à côte, il y avait trois petits garçons âgés entre 8 et 10ans qui regardaient, contemplaient la mer calme, les bateaux à quais.

-Pierre-Hugo, Corentin ! Les garçons on y va, sinon nous allons être en retard pour le déjeuner.

Pierre-Hugo et Corentin se sont retournés, n’ont pas bronché, n’ont pas sourcillé, et ont obéi à leur père. Tous deux droits comme des « i », bien habillés, ils n’ont rien dit, ils ont suivi docilement le pater familias sur le parking.

L’autre petit garçon était toujours là, je voyais bien qu’il rêvait, qu’il était heureux.

-Eh, tu te grouilles ?

Ses parents l’attendent. A peine sortis de la piscine, tous deux ont déjà allumé leur cigarette, ils sont pâles et maigres, ils marchent tête baissée… sur leur visage, pas la moindre expression de joie ou de gaieté d’avoir passé un bon moment de détente avec leur fils.
Le père se retourne :
-Mais P….., qu’est ce que tu fous ?

La mère attend, le père, lui,énervé va jusqu’à la rambarde et agrippe brusquement son fils par le bras pour le ramener.

Le petit garçon ne dit rien, il traîne des pieds pour pouvoir grappiller encore quelques minutes de cette vue. Il ne doit pas avancer assez vite pour son père qui tout d’un coup s’arrête et le gifle !

-On t’a dit quoi ? Hein ? Alors, tu te magnes ! C’est pas possible…

Oui, en effet, monsieur, ce n’est pas possible de gifler un enfant juste parce qu’il voulait encore rêver quelques minutes.

Pierre -Hugo, Corentin et ce petit garçon se sont croisés, là, par hasard, mais leurs vies, leurs chemins semblent être tracés, dessinés en parallèles. Auront-ils l’occasion de se rencontrer plus tard ?

J’ai continué à regarder le petit garçon, son regard était devenu tout triste, et il a baissé sa tête.

J’ai eu envie de sortir de la voiture, de lui dire que ce n’est pas que celà la vie ! Qu’il aura encore l’occasion de rêver, de voir d’autres choses, de rencontrer des gens qui voudront l’aider dans des tas de situations !
Mais, j’avais tellement mal que je ne pouvais même pas ouvrir la portière… Alors, je n’ai rien dit, comme les autres d’ailleurs qui étaient plus occupés à chercher leurs clés de voiture, ou à remettre un peu d’ordre dans leurs cheveux.

Une gifle pour deux ou trois minute de rêves, c’est cher payer. Comment peut-on être aussi méchant avec ses propres enfants ? Encore une belle facette de l’âme humaine…
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